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42,195 km de vérité

13 min readMay 17, 2026

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Avertissement : Ce que tu vas lire n’est ni un discours motivant, ni une méthode, ni une théorie apprise dans un livre.

Ce n’est pas non plus un guide pour courir un marathon.
Je ne cherche à impressionner personne.
Et encore moins à en tirer de la reconnaissance.

C’est le récit brut d’une journée.
Une journée vécue dans la chaleur, la douleur et le silence.

Il n’y aura pas de recette miracle.
Pas de citation prête à être partagée.
Pas de pic de dopamine à consommer avant de passer à autre chose.

Seulement des faits.
Et ce qu’ils m’ont appris.

Si tu cherches du confort, ce texte n’est pas pour toi.
Si tu cherches quelque chose de réel, tu vas être servi(e).

Peu de temps après la publication de “La puissance de l’échec”, un récit que tu peux lire ou relire en suivant ce lien, on m’a demandé de partager ma course de 42,195 km lors de la seconde édition du Valiant Marathon du Jura.

Je me suis laissé le temps.
Le temps de la réflexion.
Le temps de l’écriture.

À nouveau, je tiens à préciser une chose : le ton que j’emploie ici n’est pas là pour te caresser dans le sens du poil. Il s’agit simplement de ma manière de me parler et de voir les choses.

Dimanche 29 juin 2025 — Jour J

Ce jour-là, mère nature était clairement énervée. Elle nous avait réservé une journée écrasante : chaleur étouffante, jusqu’à 33 degrés annoncés, pas un nuage à l’horizon. Seule une légère bise était présente, appelée à se renforcer au fil de la journée.

Si mère nature était dans cet état… moi aussi.

Quelques minutes avant le départ, il faisait déjà 28 degrés. À mes yeux, cela s’annonçait comme une putain de longue journée. Je déteste la chaleur. J’aurais largement préféré courir sous une pluie battante plutôt que sous un soleil de plomb.

La vie te teste en permanence. En plus de la distance, elle avait pris un malin plaisir à rajouter ce composant dans mon sac à dos.

Combien se sont inscrits aux courses de 14, 21 ou 42 km… pour finalement renoncer en voyant la météo annoncer une journée torride ? Je peux le comprendre. De mon côté, ce n’était pas une préoccupation. J’étais là pour autre chose.

À la différence de ma première participation, qui était aussi ma première vraie course en extérieur, après une préparation intégralement faite sur tapis de course, je me présentais cette fois avec de nombreuses heures d’entraînement à l’extérieur. Le goudron ne m’était plus étranger. Le terrain était connu.

À 09h10, le speaker annonçait que le départ serait donné dans cinq minutes. Dans cinq minutes exactement, j’allais savoir une chose : soit j’avais passé une année entière à me mentir, soit j’allais me prouver que j’avais ce qu’il fallait pour aller au bout.

À deux minutes du départ, j’ai volontairement basculé mon cerveau en mode sauvage.

J’ai cessé de négocier.

J’allais tout mettre en œuvre pour franchir la ligne d’arrivée dans le temps imparti. Les questions viendraient après. J’étais prêt à livrer une nouvelle guerre contre moi-même.

Le décompte était lancé.

10.
09.
08.
07.
06.

Une année entière de préparation pour cet instant précis. Avec le recul, cette journée m’a surtout rappelé une chose.

Atteindre un objectif n’a rien d’obligatoirement plaisant.

Ce que j’avais fait pendant un an ne relevait pas de la motivation. La motivation dépend de l’humeur. S’appuyer là-dessus pour changer, c’est construire sur du sable.

05.
04.
03.
02.
01.

Le départ était donné.
Et les problèmes allaient commencer.

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Photo du départ de la course à 09h15 devant la gare de Delémont. Copyright : LQJ.

Passé le quatrième kilomètre, je courais à mon rythme habituel. Sans euphorie. Sans excitation inutile. Je sais trop bien comment certains se grillent dès les premiers kilomètres.

En revanche, un détail ne trompait pas : mon pouls était anormalement élevé, autour de 170 battements par minute. Je me suis immédiatement adapté.

Très vite, j’ai compris que la chaleur était en cause. Je transpirais déjà à grosses gouttes. Et il me restait 38 kilomètres à parcourir.

Jusqu’au kilomètre 18, il n’y avait rien de particulier à signaler. La course avançait. Le plan tenait.

Aux ravitaillements, je faisais exactement l’inverse de beaucoup d’autres. Là où certains passaient au pas de course, je m’arrêtais. Je savais que chaque seconde “perdue” ici pouvait m’en faire gagner plus tard.

Au kilomètre 19, les choses ont commencé à devenir sérieuses.

Une douleur est apparue dans mon pied droit. Suffisamment nette pour m’empêcher de conserver ma foulée. Je ne comprenais pas pourquoi. Les chaussures étaient celles que j’utilisais d’ordinaire. Les chaussettes aussi. À l’entraînement, je n’avais jamais ressenti la moindre gêne à cet endroit.

Le doute s’est alors invité.

Avant, c’était le dos.
Maintenant, c’est le pied.
Pourquoi ?

Je me suis parlé intérieurement, sans filtre :

« Arrête de te plaindre. Ce n’est pas comme ça que tu vas y arriver.
Remets-toi au boulot ».

À ce moment précis, ironie du sort, j’ai entendu un coureur revenir à ma hauteur. En me retournant, j’ai reconnu la gagnante de l’édition précédente. Elle était plongée dans sa propre zone de souffrance. En sueur. Concentrée. Totalement absorbée par son effort.

C’était magnifique à voir.

Comme elle l’avait fait pour moi en 2024, c’était à mon tour de l’encourager.
« Allez, allez, on ne lâche rien ».

Elle m’a rendu l’encouragement. Une fois de plus.

Dans ce genre d’événement, il y a toujours un esprit de compétition. Mais il y a aussi quelque chose de plus fort : une forme de camaraderie silencieuse entre ceux qui savent exactement ce que l’autre est en train de vivre.

Puis mon pied m’a rappelé à l’ordre.

Je me suis arrêté pour desserrer le laçage de ma chaussure. Une tentative de reprise de contrôle.

Au même moment, une jeune femme s’est approchée de moi : « Excusez-moi… vous participez au marathon ? »

J’ai hoché la tête.

Elle m’a regardé, presque incrédule : « Franchement… respect. Avec cette chaleur, il faut du courage ».

Le mot m’a frappé.

Du courage ?

Je ne courais pas pour être courageux.
Je ne courais pas pour être admiré.
Je ne courais même pas parce que j’aimais ça.

Je courais parce que j’avais décidé de ne plus être celui que j’étais.

Ce n’était pas du courage.
C’était un engagement.

Je l’ai remerciée.
J’ai desserré un peu plus ma chaussure.
Et je suis reparti.

Trois cents mètres plus loin, j’ai aperçu un coureur assis dans l’herbe, à l’ombre, entouré de deux samaritains. Probablement un coup de chaud. Je ne pouvais rien faire pour lui. J’étais déjà engagé dans ma propre lutte.

Je l’ai vu comme un signe.

Un rappel brutal que la course élimine, sans état d’âme. Le marathon ne prévient jamais.

Et aussi, quelque part, comme un indicateur : j’étais encore là.

Comme je te l’ai dit, il y a aussi un esprit de compétition.

Moins de deux kilomètres plus loin, un concurrent est venu à ma hauteur et m’a proposé amicalement un gel. J’ai apprécié le geste mais j’ai décliné. Mon système digestif est capricieux, je le connais. Je ne prenais aucun risque inutile.

Nous avons échangé quelques mots, puis nous nous sommes serrés la main pour nous souhaiter bonne course.

Un peu plus loin, j’ai cessé de courir quelques minutes et j’ai marché aux côtés d’une autre personne. Nous avons discuté brièvement. La bise s’était renforcée. Ce n’était pas un vent rafraîchissant. Il cassait l’immobilité de l’air.

La personne à mes côtés m’a dit à quel point cette course était difficile. Puis elle a ajouté : « Sans ce vent, j’aurais déjà abandonné ».

Je l’ai écoutée.
Sans juger.
Sans répondre immédiatement.

De mon côté, l’abandon n’était pas une option. Je n’y ai jamais pensé, pas une seule fois durant toute la course.

À cet instant précis, une chose était claire : je n’avais peut-être pas leur condition physique, ni leur vitesse mais je tenais. Le couteau entre les dents.

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Il faisait chaud ce jour-là sur les routes du Valiant Marathon du Jura. Copyright : LQJ.

J’avais désormais dépassé la mi-course.
Il m’en restait encore dans le réservoir.
Tant que je pouvais avancer, je continuais.

À l’entame de mon second passage dans la boucle que le parcours nous imposait, j’ai ressenti ce qui fut, mentalement, l’un des moments les plus difficiles de la journée.

Tu t’approches de l’arrivée.
Tu la devines.
Et puis tu comprends qu’il faut t’en éloigner à nouveau.

C’est presque une punition.
Un détour imposé.
Un test de plus.

Il fallait accepter de repartir alors que tout, intérieurement, aspirait à en finir. J’ai senti que quelque chose se jouait là. Pas dans les jambes. Dans la tête.

Quand j’ai finalement quitté cette portion, une chose était claire : la partie que je redoutais le plus était derrière moi.

Au kilomètre 29, je me suis retrouvé totalement seul sur l’une des portions du parcours qui n’était pas empruntée par les participants du Slow-Up. J’y ai trouvé de l’ombre. Et surtout, du silence.

Le Valiant Marathon du Jura est une course particulière. Sur certaines parties du tracé, coureurs, cyclistes, rollers et marcheurs se croisent. La plupart du temps, nous courions aux côtés des cyclistes. Mais sur ce tronçon précis, il n’y avait plus personne.

Le silence m’a frappé.

Je me suis retourné.
Rien.
Personne autour de moi.

À cet instant, j’ai repensé à mes nombreuses séances d’entraînement, celles où la solitude courait avec moi. Mais cette fois, ce n’était pas un entraînement. J’étais en course.

J’ignore pourquoi mais un titre m’est alors venu en tête : The Sound of Silence de Simon & Garfunkel. “Hello darkness, my old friend”.

Cette phrase m’a toujours parlé.

La plupart de mes entraînements ont lieu à des heures où le monde dort encore. Avant l’aube. Quand les rues sont vides. Quand le silence est total.

Ce silence-là, je le connais.
Il ne m’inquiète pas.
Il m’accompagne.

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À ce moment précis de la course, il n’y avait plus de bruit, plus de stimulation extérieure. Juste mes pas. Ma respiration. Et mes pensées.

L’esprit vagabonde. Il teste. Il cherche des issues.

Et parfois, il se tait.

Au fil de l’après-midi, alors que certains avaient déjà terminé ou s’apprêtaient à franchir la ligne d’arrivée, je me retrouvais désormais à courir sous les températures les plus élevées de la journée.

Un problème supplémentaire s’ajoutait. Je sentais mon corps monter en température, au point que même boire ne suffisait plus à inverser la tendance. Chaque effort devenait plus coûteux. Plus lent. Plus lourd.

Par moments, presque par chance, un point de ravitaillement apparaissait à l’horizon juste avant que la situation ne devienne critique.

Je tiens ici à saluer et mettre en avant le travail irréprochable des bénévoles présents tout au long du parcours. Nous étions pris en charge avec une attention remarquable. À peine arrivé, ils vérifiaient si j’avais encore suffisamment à boire et n’hésitaient pas à m’asperger généreusement d’eau pour faire redescendre ma température corporelle.

Je repartais de ces ravitaillements dans un état légèrement meilleur que celui dans lequel j’étais arrivé. Suffisant pour continuer.

Au kilomètre 32, la réalité s’est imposée.

Il m’était devenu impossible de courir. Je marchais, en boitant légèrement. Mon pied droit me faisait de plus en plus souffrir. La chaleur n’arrangeait rien.

Il me restait dix kilomètres.

À cet instant, une chose était claire : ce ne serait plus une course. Ce serait une progression lente. Calculée. Entêtée.

L’abandon n’était toujours pas une option.

Le corps humain peut encaisser bien plus que ce qu’on imagine. Mais tout commence ailleurs. Et tout se termine au même endroit : dans la tête.

Ce n’est pas une théorie.
C’est ce que j’ai vécu.

J’ai utilisé ce contexte défavorable comme carburant. Pas par optimisme mais par nécessité. C’était un nouveau test, imposé sans préavis, sans ménagement, sans me demander si j’étais prêt.

Je n’avais pas besoin d’y croire.
J’avais juste besoin de continuer.

Le vrai travail ne se voit presque jamais.
Il se fait loin des regards.

Quand personne n’est là.
Quand personne ne te félicite.

Il n’y a pas de rappel.
Pas de témoin.
Pas d’excuse.

Même mon corps semblait avoir compris que s’arrêter ne faisait plus partie des scénarios envisageables.

Quand je parle de cette manière de penser, beaucoup de gens me prennent pour quelqu’un de fou. S’ils ont raison, je ne chercherai pas à les convaincre du contraire.

Je me contenterai de leur répondre une chose : je ne fonctionne pas comme eux.

Peu de temps après avoir repris ma marche, j’ai senti un concurrent s’arrêter juste derrière moi. Je me suis retourné et lui ai demandé comment il allait. Il m’a répondu qu’il ne comprenait pas, ne parlant pas français. Il était allemand et vivait dans le canton de Berne.

Il parlait anglais. Nous avons continué à avancer.

À partir de ce moment-là, nous avons parcouru le reste du parcours en marche rapide, côte à côte. Nous avons beaucoup échangé. Sur les courses qu’il avait déjà disputées. Sur celles qu’il prévoyait encore. Sur la chaleur, évidemment.

Parler faisait passer le temps autrement.
La douleur était toujours là.
La fatigue aussi.

Mais désormais, elle était partagée.

Au kilomètre 36, nous nous sommes arrêtés au dernier ravitaillement.

Je marchais en boitant clairement. Ma chaussure droite était complètement desserrée et la douleur ne cessait de monter. Les deux personnes en charge du ravitaillement nous ont demandé comment nous allions et surtout, si nous comptions continuer.

J’ai répondu par l’affirmative en jouant l’interprète.

En voyant l’une des deux personnes en discussion par messages avec l’un des responsables qui s’apprêtait à l’informer que nous continuons, je lui ai glissé, presque sur le ton de la plaisanterie, qu’ils pouvaient commencer à ranger le site d’arrivée. Qu’ils pouvaient même dégonfler l’arche. Cela ne me poserait aucun problème.

À l’approche du kilomètre 40, le panneau “Delémont” s’est dressé devant nous. Il restait moins de deux kilomètres.

Chaque pose de pied envoyait des décharges dans l’ensemble de mon pied droit. La douleur était nette. Continue. Je n’essayais même plus de la contourner.

Dans ma tête, une seule chose comptait : terminer.

Qu’il en soit ainsi.
Pas de plainte.
Pas de négociation.
Juste avancer.

Quelques minutes plus tard, elle était là. L’arche d’arrivée. Dressée depuis le matin, intacte, indifférente à ce que nous venions de traverser.

Nous avons franchi la ligne ensemble, sous quelques applaudissements. J’ai serré la main de celui qui avait partagé ces derniers kilomètres avec moi et l’ai félicité. Puis tout s’est arrêté. Net.

Je n’ai ressenti ni joie, ni euphorie. Pas même de fierté. Juste le constat simple que le travail était fait.

On m’a tendu une médaille. Un t-shirt.
J’ai remercié. Et j’ai décliné.
Ce n’était pas ce que je cherchais.

Je n’avais rien gagné. J’avais simplement terminé ce que j’avais commencé.

Je me suis ensuite assis à l’ombre, sur un bloc de béton. J’ai bu. Et j’ai regardé les dégâts.

Mon pied droit était douloureux. De plus en plus. Ma peau portait les marques de la chaleur. Mes vêtements étaient blanchis par le sel.

Une journée entière passée dans un putain de four.

Assis là, j’ai repensé à une autre scène.

2010.
J’étais obèse.

Sur le vélo de ma mère, j’avais parcouru entre 800 et 900 mètres.
Puis plus rien.

Je m’étais assis par terre.
Incapable d’aller plus loin.
Essoufflé.
À bout de force.
Écrasé par mon propre poids.

À ce moment-là, je n’imaginais pas une seule seconde qu’un jour, je terminerais un marathon.

Ce jour-là, je ne savais pas encore que ce serait le point de départ.

Aujourd’hui, j’étais à nouveau assis. Mais cette fois, je venais de parcourir 42,195 kilomètres.

Je ne me bats pas contre les autres. Je me bats contre l’homme que je peux redevenir à tout moment.

Sur 60 inscrits au marathon, 42 s’étaient présentés au départ. 37 avaient terminé.

À l’idée d’en avoir fini avec cette course, une forme de tristesse s’est installée.

Le corps était en miettes, oui.

Mais l’esprit, lui, était intact.

J’étais presque dépité que ce soit fini.

Quand je m’étais intéressé à cette course, je cherchais quelque chose qui me ferait sortir de ma zone de confort. Quelque chose qui me mettrait face à mes limites, voire me briserait.

Ce marathon m’avait montré de quoi l’esprit humain est capable. Et surtout, comment l’utiliser pour encaisser une souffrance que je n’avais encore jamais connue.

42 kilomètres dans la gueule.
33 degrés.
Une douleur au pied qui ne m’avait plus quitté durant plus de la moitié de la course.

Et malgré tout ça… j’avais adoré chaque seconde.

Moins de cinq minutes plus tard, une jeune femme s’est approchée de moi. Elle m’a félicité. Posé quelques questions. Puis elle a demandé, presque innocemment : « Est-ce que tu seras là l’année prochaine ? »

Je lui ai répondu que je n’y avais pas encore réfléchi.

Mais au moment même où sa question était posée, quelque chose d’autre se jouait dans ma tête.

Une série de questions plus brutales :

Tu crois vraiment avoir tout donné ?
Tu penses vraiment en avoir fini avec cette course ?
Tu crois que tu en as pris assez dans la gueule pour rester à la maison ?

La réponse a fusé, sans hésitation.

Putain. Bien sûr que non.

La décision était déjà prise. Je serai de retour.

Le soir venu, j’étais épuisé au point de ne pas réussir à dormir.
Le corps était à l’arrêt.
L’esprit, lui, refusait encore de lâcher.

La note allait tomber.

Dès le lendemain, il faudrait payer. Vivre avec un corps fracassé. Courbaturé de partout. Avancer malgré les dégâts.

Voilà à quoi ressemblait ma cérémonie de récompense.

En 2010, j’étais l’excuse parfaite.

Obèse.
Apathique.
Sans discipline.
Incapable de monter deux étages sans m’arrêter.

Mais ce qui me manquait ne s’achèterait jamais.

Après la publication de “La puissance de l’échec”, j’ai reçu de nombreux messages.

De personnes que je connais. D’inconnus aussi.

Certains me proposaient de partager un verre. De participer à une course. D’échanger sur mon expérience. De me montrer leur perte de poids. De poser des questions personnelles.

Je n’ai pas donné suite à la majorité.
Pas par désintérêt. Bien au contraire.

Simplement parce que les compliments ont leur revers. Ils flattent l’ego. Trop facilement. Et l’ego, chez moi, ramollit l’exigence.

Alors après un succès, je tourne la page rapidement. Je passe à autre chose. Le meilleur moyen de fêter un accomplissement ? Se remettre au boulot.

Je fais partie de ces gens qui courent contre un temps qu’ils ne rattraperont jamais.

Comme un lévrier lancé à la poursuite d’un lièvre.

Aujourd’hui, je peux dire une chose sans hésiter : je suis en paix avec moi-même… mais jamais satisfait.

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