Les carnets du fossoyeur — Comment est né “le petit fossoyeur d’âmes” - Une quiétude infinie.
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Eté 2008. Ars-en-Ré. Les jours passés sur mon île me bercent d’une sérénité, d’une complétude, d’un bonheur incommensurable. Rien ne permet de mesurer combien l’environnement conditionne la créativité ; la luminosité, une présence, l’amour, l’odeur du sel, l’encre qui se mélange à mon sang : je dois écrire cette histoire. Elle existe autant dans ma tête que dans l’univers qui m’entoure et celui que je ne vois pas. Nathan me demande de lui donner la vie, de raconter son voyage, ses souffrances, son périple émotionnel. Alors j’écris tout, rapidement, sans reprendre mon souffle, en canalisant l’instant, cette île qui m’a vu naître, mon cœur caressé par un flot de douceurs, une contemplation, une quiétude absolue. Pourtant, le sujet évoqué est grave. Je sais ce qui est arrivé à Nathan. Je le sais mais je ne l’écris pas tout de suite. Non. J’aborde sa vie, son enfance, sa naïveté avec délicatesse. Avec candeur et sincérité, comme si le petit garçon l’écrivait lui-même. Il parle de corbeaux, de venelles venimeuses, du monde des adultes qu’il ne comprend pas. Il parle de cartes, de curiosités, de sentiments indescriptibles. Il parle de la vie. Il parle de la mort sans le savoir.
Le plus grand paradoxe de cette première phase d’écriture, c’est ce miroir antinomique entre le thème abordé — la violence faite aux enfants — et la légèreté du medium, des mots et de la musicalité. Tout autour de moi n’a jamais été aussi serin, aussi proche d’un idéal de divinité, une sorte d’osmose entre le monde et mon âme, entre mon identité et mon rôle dans le cosmos. Aucune angoisse, aucune préoccupation, point de prétention, point de responsabilités. Juste cette île, ce moment, le petit fossoyeur d’âme qui nait et les mots qui décrivent son aventure. Une tranquillité d’esprit qui touche au concept même de Paradis. C’est presque biblique. C’est surprenant. Avec le recul des années, cela semble même irréel. Comme si ce n’était ni moi, ni ces jours-là, ni ce lieu vécu. La plupart des grands écrivains ont canalisé leurs souffrances, leurs vices ou leurs ténèbres en des mots puissants. Les conditions dans lesquels Rimbaud, Kafka, Proust, Van Gogh, Hemingway et tant d’autres ont écrit sont tortueuses à plusieurs égards. La condition humaine, l’emprise familiale, les chagrins d’amour, la guerre, l’alcool… tant de biais qui pourtant mettent en perspective une œuvre saisissante. Du malheur surgit l’œuvre d’art. Peut-elle surgir d’un bonheur transcendantal passager aussi ? Je ne sais pas. Je l’espère de tout mon cœur. Néanmoins, je n’ai jamais connu à nouveau cet état d’esprit fugace, cette quiétude créatrice si chaude qui m’a amené à écrire le petit fossoyeur d’âme, il y a si longtemps. Tous mes autres romans l’auront été dans un contexte nettement plus sombre, comme tant d’autres auteurs depuis que des conteurs ont eu la bonne idée de partager leurs maux.
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Le petit fossoyeur d’âme sera publié le 3 décembre 2025, chez Querghen Editions. Ce sera la troisième édition. J’espère de tout cœur que les aventures de Nathan vous toucheront, d’une manière ou d’une autre.
“Certains enterrent des corps, d’autres des vérités.”
“Sous chaque pierre, une âme attend qu’on la regarde.”
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