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🇫🇷 Traduire fait mal

12 min readJan 28, 2026

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Les langues que nous ne parlons pas | 8

Partie I : Il n’y a pas de mot pour dire „żal”

Nous sommes à table. Il est tard. Marseille s’est déjà éteinte dans les fenêtres, mais pas encore en nous. Lou termine son verre de vin rouge, moi je bois de l’eau citronnée — parce que depuis quelque temps, j’aime sentir les choses passer dans ma gorge sans anesthésie. Nous venons de parler. Pas une dispute, non. Une de ces conversations « importantes », mais calmes, qui n’arrivent que dans cet apaisement vulnérable où l’on dit plus que prévu — parce qu’on croit qu’on peut.

J’ai parlé de ma mère.

De la manière dont elle m’a appris à me taire.

Non par cruauté — mais par survie.

Comment chaque question pouvait déclencher une avalanche qu’aucun de nous n’aurait supportée.

Comment j’ai appris à dire les choses à demi-mot.

Et comment, avec les années, ces demi-mots sont devenus ma langue maternelle.

Lou écoutait. Attentivement. Comme toujours.

Et il m’a demandé :

– Tu la regrettes, parfois ?

Est-ce qu’elle te manque ? Est-ce que tu regrettes ?

J’ai cligné des yeux.

Je ne savais pas quoi répondre.

Non pas par manque de réponse –

mais parce que regretter ne correspondait pas à ce que je ressentais.

En français, regretter veut dire à la fois manquer et éprouver du regret.

Deux ordres opposés, réunis dans un seul verbe.

En polonais, żal est autre chose.

C’est un amalgame : de tendresse, de perte, de honte, d’inacceptation –

mais aussi une forme d’appartenance douce et secrète.

C’est quelque chose qui fait mal –

et qui fonde l’identité en même temps.

Je ne peux pas traduire żal à Lou.

Alors je dis :

– Je sais pas. Peut-être un peu.

Et je plaisante.

Parce que quand je ne sais pas parler, je fais rire.

Lou sourit. Mais je sais déjà que j’ai perdu quelque chose en route.

Quelque chose de fragile.

Quelque chose qui aurait pu être de l’intimité.

Quelque chose qui a glissé par le langage –

et qui ne reviendra plus.

Ce n’est pas la première fois.

Je le sais : le langage des émotions est local.

Même s’il paraît universel.

Chaque pays, chaque foyer, chaque être humain a ses mots qui signifient bien plus que ce qu’on peut expliquer.

Comme żal.

Comme żenada.

Comme przywiązanie.

Comme znikanie.

Ils n’ont pas d’équivalents exacts.

Seulement des approximations.

Et une approximation, dans une langue d’intimité — c’est parfois trop peu.

Je lis Susan Sontag. Elle écrit sur les métaphores de la douleur.

Sur le fait que même le corps ne se dit jamais sans images :

le cancer est un ennemi,

la dépression une obscurité,

le sida une punition.

Les mots imposent toujours une forme.

Et je me dis que l’absence de mots impose, elle aussi.

Que quand on n’a pas de mot pour sa douleur, elle devient solitude.

Non parce que personne ne la ressent –

mais parce que personne ne la comprend.

Et peut-être est-ce pour cela que traduire fait mal.

Parce que cela nous rappelle que nous sommes seuls dans notre signification.

Je me demande si Louis sait à quel point j’ai voulu lui dire :

Ce n’est pas que tu me manques. Ce n’est pas que je regrette. C’est qu’il y a quelque chose d’elle en moi — que je ne peux pas toucher, mais qui me gouverne. C’est żal. Pas envers elle. Envers moi-même.

Mais ça, ça n’existe pas dans le dictionnaire.

Peut-on être proche sans langage partagé ?

Cette question n’est pas théorique.

Elle est charnelle.

Elle est à nous.

Parce qu’avec Lou, nous construisons une langue nouvelle.

Ni le français.

Ni le polonais.

Une langue commune.

Faite de malentendus tendres.

De gestes.

De silences.

De métaphores intraduisibles.

Parfois, on arrive à dire quelque chose — vraiment.

Parfois, on ne fait que s’approcher.

Parfois, il ne reste qu’une blague.

Et alors — même si ça fait mal — je sais que cette blessure du langage est aussi une preuve :

la preuve de l’effort, de la présence, de l’amour qui ne réclame pas la littéralité.

Partie II : Les gestes qui n’ont pas de mots

Le métro à Marseille n’a rien de romantique. Il est fonctionnel, parfois étouffant, parfois trop bruyant. Dans les rames flotte une odeur de sueur, de métal, et cette fragrance étrange de détergents censés évoquer la propreté — mais qui rappellent plutôt quelque chose de caché, quelque chose qu’on aurait voulu effacer.

Je suis assis, comme d’habitude, près de la vitre — même si, en vérité, on ne voit pas grand-chose.

Lou n’est pas avec moi aujourd’hui.

Je rentre seul de la fac.

En face de moi — une femme.

Âgée.

Vêtue d’un manteau clair, qui semble avoir eu autrefois de l’importance. Bien coupé, maintenant un peu passé.

Elle est immobile. Ses mains reposent jointes sur ses genoux.

Puis, sans avertissement — elle se met à pleurer.

Elle ne crie pas.

Elle ne sanglote pas.

Les larmes coulent simplement sur ses joues, avec une régularité étrange — comme si son corps savait ce qu’il faisait.

Personne ne réagit.

Moi non plus.

Je jette un coup d’œil — rapide, discret, avec un réflexe plus empreint de peur que d’empathie.

Et je sens en moi quelque chose se contracter.

Je me demande pourquoi je n’ai rien fait.

Était-ce de l’indifférence ?

De la peur ?

Ou quelque chose d’encore moins clair — moins confortable ?

Je n’avais pas de langage.

Pas parce que je ne parle pas français.

Mais parce que je ne connaissais pas les mots pour ce type de silence.

En Pologne, j’ai appris que les pleurs dans l’espace public sont un signal d’alarme.

Quelqu’un pose une main sur l’épaule.

Quelqu’un murmure : est-ce que ça va ?

Quelqu’un, même d’un regard, reconnaît : je te vois.

Ici — du moins à ce moment-là — tout était suspendu.

Et peut-être que ce n’est pas de l’absence de compassion.

Peut-être est-ce une autre culture de la tendresse.

Une tendresse qui n’envahit pas.

Une tendresse qui ne questionne pas — mais laisse l’espace.

Mais mon corps, lui, ne comprenait pas ce geste.

Mon corps avait appris un autre code.

Alors il s’est tu.

Et, ce faisant — il m’a trahi.

On dit que l’empathie est universelle.

Mais je la sens de plus en plus comme un mythe de la psychologie occidentale.

L’empathie n’est pas un instinct.

C’est une langue — apprise, répétée, inscrite.

C’est une manière de réagir, façonnée par l’expérience sociale.

En Pologne, l’empathie signifie souvent : vois et agis.

À Marseille — peut-être : vois et laisse l’autre respirer.

Dans mon corps — l’empathie est une déchirure.

Parce que je veux m’approcher.

Mais je ne sais pas comment.

Je ne sais pas si j’ai le droit.

Peut-être que les choses les plus tendres se passent sans langage.

Mais sont-elles compréhensibles, sans langage ?

Je repense à cela longtemps.

Je rentre à l’appartement.

Lou regarde un film. Il parle peu. Il sent que quelque chose bouge en moi.

Il pose sa main sur ma nuque, quand je m’assois à côté de lui.

Il ne pose aucune question.

C’est aussi un geste.

Il n’explique rien.

Il n’attend rien.

Mais il reconnaît que quelque chose se passe en moi.

Parfois, j’ai l’impression de vivre entre deux codes de l’empathie :

– l’un, qui exige des mots et des gestes, comme seule preuve de présence ;

– et l’autre, qui permet de tout taire, car il croit que la présence suffit à tout dire.

Mais que se passe-t-il quand on n’appartient pleinement à aucun de ces codes ?

Quand on est suspendu entre deux langages de la tendresse ?

Est-ce que notre silence devient alors de l’indifférence ?

Je repense à cette femme dans le métro.

À son manteau.

À ses mains.

À cette larme, unique, qui a disparu sous son col.

Et je me demande :

le silence face à la douleur de l’autre est-il une forme de violence ?

Est-ce que le fait de n’avoir rien dit a blessé plus que ce qu’un mot aurait pu réparer ?

Le langage de la sollicitude doit-il toujours être audible ?

Je ne sais pas.

Mais je sais que je me souviendrai longtemps de son visage.

Car c’était un visage qui disait quelque chose –

que je n’ai su traduire.

Ni pour elle.

Ni pour moi-même.

Partie III : Quand on dit « d’accord », mais qu’on pense « reste »

Lou enfile ses chaussures.

Celles qui traînent légèrement sur le sol, comme si partir était un geste non désiré.

Le matin n’est pas encore tout à fait levé :

l’odeur du café ne s’est pas encore répandue dans la cuisine,

et l’air porte encore les traces du sommeil.

Je suis assis à table.

Ma main effleure la tasse.

Elle brûle à peine — juste assez pour me prouver que je suis bien là.

– Je reviens vers 17h, dit Lou.

Je reviens vers dix-sept heures.

– D’accord. Bonne journée, je réponds.

D’accord. Passe une bonne journée.

Je souris.

La tête légèrement inclinée.

Des gestes automatiques.

Un dialogue tissé de réflexes appris.

Mais à l’intérieur — une phrase totalement différente :

Ne pars pas.

Pas encore.

Pas aujourd’hui.

Pas maintenant, alors que je suis fragile comme une coquille d’œuf.

Pas maintenant, parce que ton silence après toi est plus fort que tes pas.

Mais je ne le dis pas.

Pourquoi ?

Parce qu’on nous a appris cela :

que le quotidien est fait de formules.

Que l’amour a ses phrases de service.

Que toute émotion n’a pas besoin d’être dite –

et que certaines ne peuvent pas l’être.

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Alors on dit :

bonne journée,

appelle-moi,

à ce soir,

prends soin de toi.

Et au-dedans, quelque chose crie –

quelque chose qu’aucune langue ne peut rendre naturellement.

Quelque chose de trop personnel.

Trop tendre.

Trop exposé.

Barthes écrivait que le désir est répétition.

Que celui qui aime répète les mêmes phrases –

non par manque de vocabulaire,

mais par espoir que, cette fois, elles seront entendues autrement.

Dire bonne journée, c’est peut-être cela.

Ce n’est pas un souhait.

C’est une supplique.

Mais celui qui entend, entend-il ce sous-texte ?

Est-ce que Lou sait que quand je dis passe une bonne journée,

je dis en réalité : reviens-moi, identique ?

Que le quotidien porte en lui une charge métaphysique ?

Je ne sais pas.

Et je ne pose pas la question.

Parce qu’une question détruirait cette tension.

Cette subtilité.

Ce fil invisible.

Parfois je pense que les phrases les plus vraies dans une relation ne sont jamais prononcées.

Car quand nous sommes vraiment touchés, vraiment nus, vraiment proches –

le langage échoue.

Il devient rituel.

Il se transforme en formules.

Et c’est dans ces rituels que nous cachons nos sentiments les plus bruts.

On ne dit pas : j’ai besoin de toi.

On dit : n’oublie pas ton portefeuille.

On ne dit pas : j’ai peur que tu ne reviennes pas pareil.

On dit : fais attention à toi.

On ne dit pas : reste.

On dit : bonne journée.

Peut-être que c’est une stratégie.

Peut-être que c’est ainsi que le langage nous protège de notre propre vérité.

Peut-être que nous traduisons nos émotions en langage quotidien pour ne pas nous effondrer.

Mais parfois, cette traduction fait mal.

Parce que je sais que Louis ferme la porte

sans savoir que je viens de renoncer à lui dire quelque chose d’essentiel.

Et moi, je reste avec une phrase

qui devait être un langage d’intimité –

et qui devient un nouvel exemple d’un désir intraduisible.

Les phrases vraies sont-elles toujours celles qu’on tait ?

Ce que nous voulons dire le plus –

reste-t-il toujours bloqué dans la gorge,

comme une bouchée impossible à avaler ?

L’amour est-il une suite ininterrompue de sous-entendus ?

Je ne sais pas.

Mais je sais que lorsque Lou sort,

et que je lui dis bonne journée,

mon corps dit quelque chose d’entièrement différent :

reviens avant que j’aie le temps de te manquer

dans une langue que je ne sais plus parler.

Partie IV : Ce qui se perd entre les langues

J’écris le matin, avant que Lou ne se réveille.

C’est un rituel que je garde pour moi –

non par besoin d’isolement,

mais par nécessité :

celle de créer un espace où mes pensées

n’ont pas encore à se plier à la langue commune.

Avant les premières phrases françaises du jour –

tu veux un café ?

tu as bien dormi ? –

je suis tout entier en polonais.

Dans sa trame douce et rugueuse.

Dans ses virgules qui respirent.

Dans ses mots qu’on peut étirer comme une peau –

jusqu’à ce qu’elle cède.

J’écris dans un journal.

Pas un journal intime — ce mot a un parfum de mièvrerie.

Un journal, c’est une carte.

Une preuve.

Un fragment de vie non publié.

J’écris ce dont j’ai rêvé la nuit.

Ma mère, une rue,

quelqu’un qui me disait quelque chose –

mais sans visage.

J’écris ce que je ressens.

Ce que je n’ai pas pu dire hier,

quand Lou m’a demandé : tu es fatigué ?

Et que j’ai répondu : oui, juste un peu –

comme si la fatigue pouvait tout expliquer.

J’écris :

Je me sentais comme un mur que personne ne touche.

Puis je regarde cette phrase,

et j’essaie de la traduire.

Parce que je sais que peut-être un jour –

dans une semaine, dans un mois –

je voudrai en parler à Lou.

J’essaie :

Je me sentais comme un mur que personne ne touche.

Et tout de suite, je le sens : ça ne va pas.

En français, cela sonne trop littéral.

Comme une métaphore d’enfant.

Comme un vers mal maîtrisé.

Mais en polonais –

en polonais, c’était l’essence d’une sensation.

Enveloppée de rythme, de mélancolie,

de culture,

et de ce code commun — à nous, Polonais –

qu’on appelle żal.

Je sais que je ne lui dirai pas cette phrase.

Parce que je perdrais tout ce qu’elle avait d’intime.

La traduction est une forme de deuil.

Pas un deuil dramatique, en larmes.

Un deuil chronique.

Silencieux.

Qui glisse comme une ombre.

Chaque phrase que j’essaie de traduire du polonais vers le français laisse derrière elle quelque chose de mort :

– une sonorité,

– une nuance,

– une ironie,

– une tendresse cachée dans l’ordre des mots.

Et même si le sens survit –

le rythme meurt.

Et sans rythme, il n’y a pas d’émotion.

Je lis Kazim Ali, qui écrit que la langue est un lieu de migration.

Que ce ne sont pas seulement les corps qui se déplacent.

Mais aussi les sens.

Mais dans cette migration –

tout ne survit pas.

Je pense aussi à Zeyn Joukhadar et à The Map of Salt and Stars,

où la langue est à la fois un outil de survie

et sa limite.

Où l’on est toujours invité dans une langue –

même quand on la parle couramment.

Parce qu’une langue ne demande pas seulement la connaissance des mots.

Elle demande un droit à l’émotion.

Il y a des choses que je n’ai jamais dites à Lou.

Non pas parce que je les cache.

Mais parce que je n’ai pas trouvé la langue

qui ne les détruirait pas.

Ce ne sont pas des secrets.

Ce sont des fragments de moi intraduisibles.

Comme des chansons d’enfance.

Comme une honte d’école primaire.

Comme la façon dont on dit przykro mi en Pologne –

avec ce poids que désolé ne pourra jamais porter.

Ma vie est une traduction permanente.

Parfois littérale, quand j’écris des textes que je veux lire à Lou.

Parfois émotionnelle, quand j’essaie de lui parler de ma polonité.

Parfois corporelle, quand mes réactions diffèrent des siennes –

plus retenues, moins performatives.

Et je sais que cette traduction ne sera jamais fidèle.

Parce que traduire, ce n’est pas seulement transmettre.

C’est aussi perdre.

La question qui me reste, à la fin de cette page, est simple, presque douce –

comme quelque chose que l’on chuchoterait en rêve :

Et si ma vie n’était qu’une traduction –

qui ne sera jamais fidèle ?

Suis-je une phrase inachevée ?

Une version de moi-même toujours à mi-chemin entre deux langues ?

Je ne sais pas.

Mais je sais que quand Lou me dit : raconte-moi,

et que je me tais plus longtemps que je ne devrais –

ce n’est pas par refus.

C’est parce que j’essaie encore,

de sauver le sens

avant de le traduire dans une langue

qui ignore la forme de mes blessures.

🇫🇷 À la lectrice, au lecteur francophone

Chers lecteurs,

Il y a des mots qui n’ont pas de pays.

Et il y en a d’autres qui refusent de quitter le leur.

Żal est de ceux-là.

Ce mot polonais — qui revient, en silence ou en cri, tout au long de ce texte — ne peut pas être traduit.

Pas vraiment.

Il peut être approché, contourné, senti — mais jamais pleinement capturé.

Żal, c’est à la fois la douleur d’une perte, la douceur du souvenir, une honte sourde, un attachement embarrassé, une nostalgie sans objet.

C’est une blessure et une appartenance.

Un murmure de la mémoire, mais aussi une manière d’exister.

Dans cette tentative de transposition en langue française, j’ai voulu rester fidèle à ce que le texte contient de plus intime : le rythme des silences, les fractures du souffle, les gestes non dits, les formules automatiques qui cachent des supplications.

Il ne s’agit pas ici d’un « récit de migration ». Il s’agit d’un texte où chaque mot est déjà un corps déplacé.

Le corps d’un fils, d’un amant, d’un être étranger à sa propre voix dans une autre langue.

J’ai tenté de ne pas traduire le texte, mais de l’écouter.

Et de le faire résonner –

dans les oreilles, mais surtout dans la poitrine.

Pour le lecteur francophone, certains fragments resteront peut-être légèrement opaques — comme les brumes sur les paysages d’enfance.

Mais parfois, dans ce flou, naît une reconnaissance plus profonde que la compréhension.

Que ce texte vous touche.

Même si vous ne pouvez pas toujours le nommer.

– Ł.R.

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Łukasz Ratajczak
Łukasz Ratajczak

Written by Łukasz Ratajczak

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